L’immeuble de 1893 est l’œuvre de l’architecte local Henry Ives Cobb qui s’est inspiré du style gothique flamboyant de la Capitale des Doges pour dessiner ce qui, à l’époque, doit être un repère dans la ville, un lieu unique qui, depuis la rive, sert à attirer le regard des visiteurs de l’Exposition universelle. C’est alors un club de sport privé, réservé à l’élite chicagoanne masculine qui s’y retrouve autant pour boxer, jouer aux cartes ou au billard, ou encore nager avec le quintuple médaillé d’or olympique Johnny Weissmuller – le premier Tarzan d’Hollywood – que pour entretenir son réseaux et gérer ses relations d’affaires. Pendant un siècle, il reste ainsi un secret jalousement gardé mais iconique de Chicago, jusqu’à sa fermeture en 2007. Si plusieurs projets d’investissement tombent à l’eau, sa destinée bascule finalement quand la firme AJ Capital Partners annonce son intention de le transformer en hôtel. La rénovation du bâtiment est alors confiée au cabinet Hartshorne Plunkard Architecture et aux architectes d’intérieur Roman and Williams. Sa réouverture en mai dernier a été l’occasion de découvrir l’incroyable méticulosité déployée par les deux agences pour conserver l’esprit du lieu… et du sport ! Une réhabilitation menée de mains de maîtres, où nombre d’éléments d’origine, – « camouflés sous la peinture, les faux-plafonds, les tapis, la poussière, la graisse de cuisine ou la fumée de cigares », se souvient Paul Alessandro de Hartshorne Plunkard –, ont été restaurés et remis en valeur. Carrelages, vitraux, parqueterie, menuiseries, cheminées démesurées, sculptures sur bois en bas-relief, bustes d’Abraham Lincoln : la surprise est garantie, l’émerveillement partout ! Dans les 241 chambres et suites, chaque détail renvoie aussi à l’histoire unique du club, comme les pieds de table enveloppés dans du grip de tennis ou les descentes de lits en cheval d’arçon ! Gymnase à l’ancienne et salle de détente pour se jauger à la pétanque, au jeu de palets ou aux échecs, rappellent également les heures glorieuses de l’endroit. Ses 17 000 mètres carrés, célèbrent ainsi un héritage qu’on aurait pu penser disparu, le mêlant avec justesse à des créations plus contemporaines, à l’image de la magnifique salle de petit déjeuner ou du restaurant Cindy’s perché sur le toit, avec son rooftop à la vue panoramique incroyable sur le parc et les rives du lac Michigan. À coup sûr les Doges aussi seraient conquis !
