© © Marc De Tienda
C’est d’abord l’histoire d’un terrain situé dans la grande couronne de Toulouse, quelques hectares gagnés par la friche, enclave paisible posée au bord d’un petit lac, au cœur d’un green de golf. Pendant 20 ans, la parcelle broussailleuse a échappé à la vente, attendant patiemment ses acquéreurs tandis que poussaient les ronces. Jusqu’à ce qu’un couple, conquis par le calme et la singularité de l’endroit, ne s’empare de l’échappée sauvage, décidés à l’investir en toute discrétion, dans le respect de l’existant. Par le biais d’amis, les nouveaux propriétaires contactent alors Jean-Marie Pettès de l’agence If Architecture. Celui-ci se reconnaît dans leur demande : une maison « zen », « éco-responsable », aux formes affirmées mais porteuse d’harmonie, respectueuse de son environnement. « Un bâtiment, c’est d’abord le point de convergence entre un lieu, un client et un architecte, explique t’il. La bonne réussite d’un projet dépend du lien tissé entre ses trois éléments. » Du paysage, le concepteur décide dès lors de tirer parti au maximum, depuis ses bosquets jusqu’à son relief. Celui-ci est accidenté, qu’à cela ne tienne, Jean-Marie Pettès est déterminé à ne faire que l’effleurer. Quant aux arbres, hors de question de les couper : en résulte un édifice hors norme, la discrétion faite forme, qui, dressé sur ses pilotis, louvoie entre les troncs en les frôlant.
Comme sur un bateau
Les lais horizontaux très tendus des façades en zinc recouvrant une ossature en bois répondent aux lignes verticales des peupliers et bouleaux : « La maison se comporte comme une contradiction non gênante : elle révèle la nature autant que la nature la révèle. » Par sa couleur également, l’ombre mate du zinc anthracite, le bâtiment se fait discret. Il pourrait presque, semble-t-il, être enlevé au paysage sans que rien ne soit changé : telle une couleuvre, la construction au corps sinueux se faufile entre les arbres sans aucun contact avec le panorama, privilégie les vues remarquables pour oublier celles sans intérêt et finit en porte-à-faux au-dessus de l’étang. Partout présente, la nature pénètre jusque dans la maison grâce à de larges baies vitrées mobiles qui permettent différents usages : les grands coulissants à galandage, situés au nord et au sud de l’habitation, disparaissent totalement pour autoriser ses habitants à cuisiner « dehors » à la belle saison par exemple. Comme une caresse sur le paysage, l’insertion dans la parcelle est d’autant plus légère et discrète que l’édifice est surélevé – 40 centimètres au-dessus du sol, ce qui entraîne une mise à distance du paysage – comme sur un bateau. « Pour celui qui y entre, analyse Jean-Marie Pettès, c’est comme monter à bord d’un navire prêt à partir : il se retrouve instantanément dans une position contemplative, ce qui est extrêmement apaisant. »
Une maison sur isolée
L’eau, d’ailleurs, participe à l’architecture : la façade sud est creusée d’une loggia qui accueille l’extrémité d’un bassin, carpes koï et nénuphars pénétrant ainsi jusqu’au contact de la grande pièce de vie accueillant cuisine et séjour, tandis que la suite parentale, en surplomb, s’invite 7 mètres au-dessus du lac. Deux autres chambres et bureaux complètent un plan singulier aux lignes affirmées mais qui génère des espaces très fluides. Un bâtiment en équilibre, décidément, y compris dans son mode de construction : écolo, et ce malgré une forme atypique, loin d’être compacte ! « Cette maison montre que les réglementations n’empêchent pas l’architecture, affirme Jean-Marie Pettès. Elle est en effet labellisée Bâtiment basse consommation alors qu’elle possède 100 mètres de développé de façade ! » Il aura fallu une isolation renforcée – 210 millimètres, soit bien plus large que ce qui se fait habituellement dans la profession – pour réussir le challenge : « Certes, des profils spécifiques ont été développés pour cette maison, mais ils ont été repris dans la foulée par plusieurs confrères, ce qui prouve qu’ils correspondaient à une véritable demande », justifie l’architecte.Le chauffage et la production d’eau chaude sont assurés par une pompe à chaleur aérothermique. L’hiver, une ventilation simple flux complète les apports solaires, quand l’été, leur intensité est régulée par de larges stores qui disparaissent totalement dans la structure. Dans la fraîcheur des lieux, un grand couloir, semblable à celui d’un train, traverse l’habitation, comme une invitation supplémentaire au voyage. Mais a-t-on vraiment envie de partir ?

