Avant de se jeter avec force dans l’Ill, affluent rive gauche du Rhin, l’Alfenz a dévalé quelque 2 640 mètres de dénivelé et charrié des tonnes de graviers et autres rochers. C’est à cette confluence, dans la commune de Lorüns, au sud de Bludenz dans le district du même nom, que les frères Marte – Bernhard et Stefan – ont usé de béton et de précision pour construire un pont dédié aux promeneurs et aux cyclistes. La proposition n’en est que plus inédite encore au royaume des charpentiers, dont l’approche originale de la construction, à l’œuvre depuis les années 1980, a fait du Vorarlberg un modèle de développement durable.
Divers impératifs et exigences ont guidé la conception de cette passerelle couverte qui n’est pas sans rappeler les ouvrages métalliques de chemin de fer. Tout d’abord la proximité du pont routier voisin, qui a conduit à opacifier l’élévation lui faisant face. Puis la puissance des flots dont l’incessant travail de sape interdisait l’utilisation d’un point d’appui intermédiaire. Et, enfin, un environnement fabuleux au sein duquel il fallait intégrer l’ouvrage. Celui-ci fonctionne comme une poutre à treillis en forme de caisson, de 38,3 mètres de longueur et une hauteur variant de 3,8 à 4,3 mètres. Irrégulières, tendues et comprimées, les diagonales s’élargissent à leurs extrémités pour reprendre les efforts. Leurs inclinaisons variables font la synthèse parfaite entre les exigences statiques et le caractère local ; penchées en fonction des forces de cisaillement internes, elles se redressent au fur et à mesure qu’elles se rapprochent des culées et reflètent les crêtes alpines qui les surplombent tout en permettant leur observation. Nécessairement massive, la structure se devait d’être allégée suivant le souhait des architectes. L’optimisation de la matière a donc été décisive, tant au niveau des ferraillages que de l’épaisseur des bétons. Auto-stable sur ses supports grâce à la subtile courbure de ses éléments horizontaux et le léger fruit de son profil transversal, la passerelle est animée d’une tension interne presque visible. Voire palpable au regard de la maille métallique qui assure la sécurité de ses utilisateurs. Entièrement banchées, ferraillées et coulées à proximité, les quatre faces ont été assemblées, puis glissées via des rails métalliques jusqu’à la rive d’en face. Entre sculpture et ingénierie, entre vide et matière, le pont de l’Alfenz est en équilibre, stable et contemporain.

