© © Frédéric Lucano
Comment travaillez-vous la proximité du séjour avec les autres lieux de vie partagés ?
Il y a dans nos projets une grande porosité entre les espaces de jour, et ce pour des raisons principalement géographiques et financières. Nous travaillons surtout à Paris et en Île-de-France, secteur dense où le foncier est contraint. La plupart du temps, nous sommes également limités par le budget. Pas d'étalement donc, mais des espaces sur mesure, dimensionnés au strict minimum. Pour amplifier l'impression d'espace, nous tirons ces lieux de vie au maximum, les étendons au-delà de leur limite ; ils sont dilatés, liaisonnés, superposés. L'un des subterfuges que nous utilisons à l'envi dans nos projets, le plus souvent sur les opérations de rénovation, est la mise en place d'un élément fixe, à la manière d'un totem. Ainsi, en masquant une partie de l'espace, ce genre de dispositif suggère la possibilité d'un ailleurs, invitant l'usager à tourner autour, comme dans une balade… Notre projet « Peretti », par exemple, illustre ce procédé dans un appartement haussmannien de Neuilly-sur-Seine. Tout en mettant en valeur le magnifique volume existant, tout en alcôves, courbes et grands châssis vitrés, nous y avons ajouté un module abstrait. Ce dernier offre, côté pile, une paroi d'un blanc immaculé qui évoque, notamment parce qu'elle ne s'étend pas toute hauteur, la possibilité d'un espace parallèle ; en effet, côté face paraît la cuisine. Cette installation ponctue l'espace, le divise et lui permet de s'exprimer en donnant à voir quelque chose de différent.
Par quelles interventions parvenez-vous à figurer le séjour comme lieu de la convivialité ?
Nous cherchons toujours à avoir un effet maximum avec le minimum de moyens ou d'actions, en profitant notamment de la lumière naturelle et des vues disponibles. Les espaces intérieurs que nous concevons sont centrifuges : ils cherchent à entrer en contact avec l'extérieur, dans un mouvement dynamique. Ainsi, nous tâchons le plus possible de « libérer » les façades, de valoriser les orientations multiples et de grands cadrages vers l'extérieur. Dans la « Maison Mille Plateaux », nous avons travaillé le vide comme point fixe pour relier les espaces. Ceux-ci se superposent en demi-niveaux, dans l'idée d'une promenade, avec des points de vue, des endroits où l'on peut se poser. Dans l'entrée, nous avons aménagé un amphithéâtre, sur lequel on peut bouquiner ou lacer ses chaussures. Le petit séjour en mezzanine est volontairement bas de plafond, créant une ambiance d'alcôve où l'on peut discuter, se reposer, scroller sur ses écrans… Suivant la déambulation entre les différents espaces, le poêle rotatif permet d'accompagner le mouvement, en s'orientant sur les différentes pièces en fonction de leur occupation. Même la table à manger suit cette évolutivité : jouxtant la cuisine, on peut y dîner, y travailler, y coudre… Les espaces ne sont pas uniquement dédiés à des fonctions mais participent à une expérience sensible qui « oblige » à la convivialité. La maison est une sorte de grotte lumineuse où chacun peut trouver sa place. Nous avons toujours, au fil de nos différents projets, créé des espaces intermédiaires laissés libres à l'interprétation de l'habitant. Ici, un élément peut regrouper d'un côté un meuble de cuisine et de l'autre une chaîne hifi. Là, un autre module peut contenir sur son recto un dressing d'entrée et sur son verso un plateau qui servira de bureau. Nous prenons garde à laisser des pans de murs libres, pour permettre d'y installer, par exemple, un piano… ou tout objet de mobilier qu'ajoutera plus tard l'occupant des lieux. Les espaces que nous créons se veulent simples, libres, à même d'accepter différents usages, interprétations, interactions, permutations …

