Entre esthétique, performances et environnement, le choix d’un matériau n’est en rien évident, même pour les architectes et les architectes d’intérieur. Ajoutez les nouvelles réglementations, les collections sans cesse renouvelées et les évolutions technologiques : suivre l’actualité produits est une gageure. Bien sûr, il est toujours possible de parcourir les salons professionnels, de s’adresser aux marques et aux fabricants pour actualiser ses connaissances, sans oublier les médias. Mais ce sont autant de sources de données à traiter qui évoluent sans cesse. La solution ? Les matériauthèques, des espaces conçus pour les professionnels, par des professionnels.
Trésor de guerre
Le monde du bâtiment et du design en compte de multiples : initiatives privées ou de fabricants, ouvertes aux seuls professionnels, accessibles au grand Des sources pour les ressources Construire, rénover, décorer… Rien de cela n’est possible sans un choix de matières et de matériaux. Pour les architectes, le sujet est crucial, tant pour eux que pour leurs clients. Pour les aider, les matériauthèques sont des alliées précieuses… texte olivier waché public, axées sur l’innovation, sur l’aspect environnemental, régional… Pour mesurer combien est cruciale la maîtrise des matériaux, il suffit d’observer les grandes agences d’architecture et de design. Chacune cultive son jardin secret, amassant matières, techniques, savoirfaire et fournisseurs. Chez Wilmotte & Associés par exemple, un espace de 200 mètres carrés regroupe matériaux, documentation technique et revues depuis le début des années 1990. Saguez&Partners, au sein de sa Manufacture Design de Saint-Ouen, a constitué un fonds de 10 000 références issues de 500 fournisseurs clés, basé sur le triptyque prix-exploitation-durabilité.
Accès limité
Pour qui ne peut se constituer ce butin reste les marques, comme La Plateforme du bâtiment (Saint-Gobain), qui offre depuis 2021 une matériauthèque tout juste repensée en Soluthèque autour de la rénovation énergétique. Ober propose aussi un lieu à Paris pour s’orienter parmi plus de 11 000 références Oberflex et Concrete LCDA. Les salons professionnels ont également leur espace matériaux, y associant parfois des initiatives privées, comme Maison&Objet avec matériO’, une matériauthèque axée sur l’innovation regroupant plus de 9 000 références et plus de 5 000 industriels du monde entier. Internet ne désemplit pas de ces sites spécialisés, à l’exemple récent de Material Bank, une émanation d’un site américain. « Le site européen est né en 2022 et la plateforme est active en France depuis 2024, précise Marc Solsona, directeur général Europe de Material Bank. Plus de 7 000 architectes sont déjà inscrits en France (50 000 en Europe), et ils ont accès gratuitement à plus de 400 marques et 45 000 références. Grâce à notre entrepôt en région parisienne, ils peuvent commander une palette de matériaux personnalisée avant 18 h 30, livrée chez eux dès le lendemain. » Si Material Bank s’est jusqu’ici concentrée sur les grands industriels, l’entreprise entend l’an prochain développer ses partenariats avec des entreprises locales.
Accompagner les enjeux
RE2020, règlement ESPR en 2028 : la matière est au coeur des enjeux environnementaux. Là aussi, les matériauthèques ont un rôle à jouer. Lancée il y a quelques mois, Susty Fabrics s’est focalisée sur les tissus et les papiers peints d’éditeurs. « Nous revalorisons les stocks dormants de ces derniers en les proposant à un tarif attractif. Réutiliser ces matériaux évite une nouvelle production, réduit le gaspillage et économise les ressources, indique Jordaine de Villaret, la fondatrice. Ce n’est pas sans effet, car le tissu est la matière la plus polluante du mobilier. Nous proposons aussi un certificat de traçabilité et une fiche technique détaillée par matériau. Cela aide les architectes à calculer l’impact environnemental de leur projet, ce qui est un plus en vue de prochaines obligations comme le DPP (Digital Passport Product, sorte de “carnet de santé numérique” de tout produit). » Cette aide, Julie Bourquard Zaug l’aurait souhaitée en tant qu’architecte. En 2022, c’est elle qui l’a proposée à ses confrères en cofondant Ma Palette, une matériauthèque gratuite autour des matériaux écosourcés, biosourcés et géosourcés : « En école d’architecture, on part du volume puis on s’intéresse aux matériaux pour le bâtir. J’ai souhaité faire l’inverse : savoir de quelles matières je dispose pour bâtir, dans une démarche d’écoconception. Composition, localisation, processus de fabrication… Tout cela entre en ligne de compte dans le bilan carbone, et c’est ce que décrypte Ma Palette. Au-delà de la matériauthèque, le site est aussi une encyclopédie, un moteur de recherche sur les matériaux écologiques, géolocalisés, et un réseau social où chacun peut présenter ses réalisations, dans un véritable esprit d’entraide. » Une initiative vertueuse qui remet la matière au centre de l’attention…

