© Pouf <i>Lace</i>, 2013. Du dessin du « paquetage » au siège final, les proportions s’affinent. Structure triplis lamellé-collé
Il aime se définir comme un « designer-artiste ». Benjamin Graindorge explique qu’il est plutôt du genre à travailler à la sensation. Que pour créer un objet, il faut d’abord mettre en place un univers, imaginer l’histoire. C’est ainsi que ses créations pour Cinna voient le jour au fil de longues discussions avec son président, Michel Roset. Contrairement aux rapports que l’éditeur entretient avec d’autres créateurs, à qui sont spécifiquement commandées des typologies de meubles ou d’accessoires, leur « relation est amicale, elle ne marche pas au besoin ». Designer et éditeur évoquent ainsi des envies et des idées communes, qui une fois couchées sur un carnet de croquis, deviennent des projets, sans impératif de temps. « Lorsque nous avons mis au point le pouf Lace, je voulais traiter de l’idée du confort comme une masse molle et agréable, tout en conservant une certaine rigueur, une mise en tension dans l’esprit des paquetages : une chose souple tenue par une corde, raconte Graindorge. L’éditeur m’apporte le côté technique que je ne maîtrise pas complètement grâce au bureau d’étude interne qui dispose d’un savoir-faire incroyable pour passer du dessin à l’objet. Je suis très soutenu et accompagné, c’est très agréable. » Pour le designer, c’est un cadre de travail privilégié et assez unique. Ici le projet lui « échappe » pour gagner en « épaisseur ». Ce qu’il entend par là ? Que dans d’autres contextes, la déception peut parfois être au rendez-vous. « Je travaille à toutes les échelles du design. Lorsque je collabore par exemple avec une galerie, je suis responsable de toutes les étapes et je dois faire tous les choix. Tout repose sur mon savoir-faire, même lorsque je ne sais pas vraiment comment les choses sont fabriquées. Il arrive donc que ce que j’imagine ne fonctionne pas. »
Avec Cinna, après une modélisation 3D réalisée par le designer, un prototype est mis en œuvre, afin de vérifier les hypothèses de forme et de matériau. « Les proportions varient en fonction des matières, explique Benjamin Graindorge. Par exemple, sur mon dessin d’origine de Lace, le siège était plus fin et évasé. Je voulais aussi que l’on ressente une certaine légèreté, que le pouf puisse un peu flotter au-dessus du sol. Nous avons donc beaucoup travaillé l’accostage au sol. » D’ailleurs le miroir Courtoisie – le projet gagnant en 2008 – exploitait déjà cette idée d’objets flottants : un étonnant volume brillant et mat inséré dans une caisse en bois. La collaboration étroite avec l’atelier permet de trouver le juste équilibre entre l’idée du créateur, la maîtrise du confort et la connaissance du marché – un nouveau Lace, en version XL est par exemple en cours de développement pour le marché américain. Ainsi, par le truchement de l’éditeur, le designer devient conteur, metteur en scène d’histoires domestiques et universelles en quelque sorte.

