© © David Frutos
Voilà qui semble un peu provocant, une extension en céramique bleu azur par-dessus un immeuble 1900, dans le centre-ville de Carthagène. S'il se réclame d'une certaine radicalité, l'architecte Martín Lejarraga, se défend de toute forme de gratuité. « Nous sommes intervenus dans le cadre de règles d'urbanisme très strictes qui assurent le respect du patrimoine existant et invitent, lors de nouvelles interventions, à maintenir la qualité architecturale de l'ensemble », précise-t-il. La plaza del Rey, sur laquelle se situe le projet, n'est pourtant pas connue pour son harmonie ; bien des immeubles y ont été reconstruits ces cinq dernières décades à l'issue d'opérations immobilières peu respectueuses du contexte.
« Le quartier est d'un âge moyen, reconnaît l'architecte. Mais il se rajeunit progressivement, il se renouvelle. »
Ce mouvement incite des investisseurs à revenir mais, cette fois-ci, avec plus de délicatesse et d'attention. Dans ce lot, un Anglais n'a pas renoncé à l'originalité. « Notre client avait l'ambition de réhabiliter un bâtiment historique pour encourager le renouvellement urbain de Carthagène tout en respectant son histoire et son passé architectural », précise Martín Lejarraga. De fait, la construction d'origine est préservée dans son intégralité. Trois défis majeurs se sont alors posés : concevoir une extension aux limites des capacités autorisées par le plan d'urbanisme, s'assurer, dans ces circonstances, de la rentabilité de l'opération, et créer un édifice fidèle aux exigences environnementales fixées par le maître d'ouvrage. La belle affaire ! D'autant plus que l'installation d'un système géothermique à haute performance dans un bâtiment ancien n'est pas sans poser de difficultés.
À l'étude technique s'ajoute l'exercice plastique. Formellement, le nouveau volume reprend, dès les premiers plans, les mêmes hauteurs de plancher, les mêmes proportions de pleins et de vides que l'immeuble ancien. Pour autant, il s'émancipe volontiers de son support historique par des formes découpées et sinueuses. « Si la réglementation nous a obligé à reculer la façade, nous avons souhaité accentuer la différenciation formelle par une différenciation matérielle », indique l'architecte. Un « nombre infini » de solutions a été étudié mais la céramique s'est très rapidement imposée. « Son utilisation s'inscrit dans la tradition de Carthagène. Pendant la période moderniste courant de 1880 à 1920, bien des bâtiments ont été recouverts de carreaux en céramique. Ces éléments avaient une valeur décorative mais aussi une fonction protectrice », indique l'homme de l'art.
Avec les années, l’agence s’est faite, en la matière, spécialiste. « Nous nous y intéressons car elle est partout, elle nous entoure là où nous vivons ; la céramique résout aussi bien des problèmes liés à la conception même du projet, à sa durabilité et à son entretien qu’à son économie. Penser à la céramique nous permet de toucher des registres très divers, d’aller de la mise en œuvre de produits commerciaux à l'exploration ouverte de solutions nouvelles, de mobiliser un artisanat méditerranéen et de travailler la technologie la plus avancée. Nous nous intéressons également à ce matériau parce qu'il est convivial, naturel, parce qu'ayant son propre langage, il s'adapte à tous les supports », résume Martín Lejarraga. La question du bardage est donc, à ses yeux, « importante » : « c’est la manière dont le bâtiment s’exprime et acquiert un sens pour le citoyen », précise-t-il. Elle devient d’autant plus éminente que le site d’intervention est un centre historique. L’agence se réclame, à ce sujet, d’une « stratégie » qu’elle n’hésite pas à dire « radicale ». Ce type de projet appelle en effet souvent la création de « deux couches horizontales claires, différenciées et reconnaissables ». « Ces deux strates, situées ici aux hauteurs de référence +0,00 et +15,30 mètres, définissent le désir de créer deux villes en une », souligne l’architecte.
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