« L’Atelier, c’était d’abord une histoire de copains. Véret, Riboulet et moi-même nous étions rencontrés à l’école des Beaux-Arts de Paris. Notre voyage en 1949-1950 au Maroc et en Afrique noire a soudé de manière déterminante notre amitié et marqué le début d’un itinéraire de découverte du monde et des enjeux de l’exercice professionnel », racontait Gérard Thurnauer en 2012. Pour Pierre Riboulet et lui, cette initiation se poursuit au Pakistan en 1955, avec le projet d’université de Karachi, sous la houlette de Michel Écochard. Tandis que de son côté, Jean-Louis Véret conduit, à partir de 1953, les chantiers indiens de Le Corbusier à Ahmedabad. En 1958, ils décident de fonder ensemble leur atelier à Montrouge avec un quatrième camarade rencontré à l’agence d’Écochard, Jean Renaudie.
Un Brutalisme tout en douceur
À l’encontre d’un certain formalisme ambiant, les architectes de l’Atelier de Montrouge n’apportent pas de réponse prédéfinie mais travaillent en profondeur la complexité du programme. Toujours à l’affût de données sociologiques ou psychologiques, attentifs à la culture populaire et à l’habitat traditionnel, ils prennent en compte le bien-être des futurs usagers, le contexte géographique, minéral ou végétal. De l’héritage corbuséen d’après-guerre, ils retiennent la vérité constructive et le dépouillement des matériaux apparents, le jeu plastique des masses et l’utilisation du Modulor. « Nous subissions aussi l’influence d’une certaine architecture anglo-saxonne et nordique, danoise ou finlandaise, plus avenante que les modèles français et liée à l’idéologie de l’environnement », confie Gérard Thurnauer en 2012. Le plus souvent avec l’ingénieur Nikos Chatzidakis, ils développent un langage constructif et esthétique qui favorise l’unité visuelle entre intérieur et extérieur et se limite à une palette restreinte de matériaux laissés bruts, béton de la structure, brique ou pierre des façades, bois des menuiseries et du mobilier intégré. Des bâtiments sans maniérisme mais chaleureux, liés au monde de l’enfance (crèche, centre aéré, bibliothèque), à celui du travail (bureaux EDF) ou des vacances (village du Merlier). L’équipe au complet commence par analyser tous les paramètres du projet, chacun expose son point de vue et, après débats, la commande est confiée à un seul de ses membres.
La combinatoire des possibles
Dès ses premiers projets, l’Atelier de Montrouge délaisse le monolithisme et l’organisation linéaire ou sur grille pour un assemblage de différents volumes en lien avec les caractéristiques du site. Il se retrouve sur le plan théorique avec le groupe Team 10* autour d’une critique de la Chartes d’Athènes et du rejet du schématisme des grands ensembles, mais aussi autour d’une réflexion sur une architecture formée d’entités cellulaires qui s’agglutinent en nappe organisée et sur l’importance des circulations comme lieux de sociabilité. Ainsi, au centre de formation EDF des Mureaux, l’Atelier développe un bâtiment modulaire, bas et inséré dans la forêt, desservi par une rue intérieure. Le caractère collectif de l’Atelier commence à se distendre en mai 1968, surtout à cause de divergences qui naissent, la même année, autour du schéma de développement de la Ville-nouvelle du Vaudreuil (actuel Val-de-Reuil dans l’Eure) : c’est à la suite de propositions trop utopiques aux yeux des autres membres que Jean Renaudie quitte l’agence. Ses logements en étoiles d’Ivry-sur-Seine feront sa renommée et il y interprétera son idée de « ville sur la falaise », imaginée pour le Vaudreuil, à Givors, dans le Rhône. En 1979, le trio décide de travailler chacun de son côté, et en 1981, l’année même de sa dissolution, l’Atelier reçoit le Grand Prix national d’architecture. Parmi leurs nombreuses réalisations personnelles, Pierre Riboulet conçoit l’hôpital pour enfants Robert-Debré dans le 19e arrondissement de la Capitale, Gérard Thurnauer le plan directeur de la réhabilitation du quartier de la Goutte d’Or, également à Paris, et Jean-Louis Véret les Archives du film à Bois-d’Arcy pour le Centre national du cinéma. Liés par une amitié indéfectible, ils resteront toujours très proches.
*Team 10 regroupe les architectes Alison et Peter Smithson, Jaap Bakema, Aldo van Eyck, Georges Candilis, Shadrach Woods, Rolf Gutmann, William Howell et John Voelcker.

