© © Eric Sander
Vous êtes tous deux installés en Chine depuis peu, pourriez-vous nous parler de la manière dont vous faites dialoguer cultures chinoise et française dans vos projets ?
De mon côté, j’ai été formée à l’École nationale supérieure d’architecture de Saint-Étienne, puis au Québec. Pour Antoine, ce fut Strasbourg puis Lille. Notre socle de connaissances était donc très franco-français ! Nous nous sommes rencontrés à Rotterdam, dans une grosse agence, et nous nous sommes retrouvés sur cette envie commune de partir découvrir des cultures complètement différentes de la nôtre. C’est comme cela que nous avons atterri en Asie. Pourtant, en s’installant en Chine, nous nous sommes rapidement rendu compte qu’il existait beaucoup de similitudes entre les cultures française et chinoise. Dans un cas comme dans l’autre, il y a souvent plusieurs manières d’interpréter les choses, plusieurs niveaux de lecture possibles, et cela se ressent dans la façon de concevoir l’espace. C’est une idée qui nous tient à cœur, comme en atteste le nom de notre agence, ambiguë [lab].
Comment est née l’envie de créer un jardin ?
Nous avions tous deux travaillé au préalable sur différents projets de paysage au sein d’autres agences d’architecture, mais c’est la première fois que nous réalisons ce type de projet pour le compte de notre propre studio. Cela faisait pourtant bien longtemps qu’Antoine et moi souhaitions créer un jardin, et plus spécifiquement travailler avec les plantes médicinales. N’ayant aucune connaissance sur le sujet, nous avons dû faire beaucoup de recherches pour combler notre manque de connaissances et dessiner un jardin qui soit beau durant toute la durée du festival. Malgré ces lacunes, je pense que nous avons, en tant qu’architectes, une certaine aisance pour transposer un concept, ou ici une légende, en espace, que ce dernier soit bâti ou végétal, et cela apporte une autre dimension au jardin.
Pourquoi votre choix s’est-il porté sur la légende du Serpent Blanc ?
Cette légende ancestrale raconte l’histoire d’amour de Xu Xian, un jeune herboriste, et de Bai Suzhen, une très belle femme dont le reflet dans l’eau trahit sa véritable identité, celle d’un serpent. Choisir cette légende chinoise, c’était évidemment une manière pour nous de mieux connaître la culture du pays dans lequel nous nous sommes installés, tout en cherchant à tisser des liens avec la France en s’intéressant à la manière dont les plantes médicinales sont employées dans chacun des deux pays. Il était primordial pour nous de parler de santé par les plantes. En amont de ce projet, nous avons rencontré plusieurs spécialistes du sujet au sein d’un hôpital de médecine traditionnelle chinoise qui nous ont appris que cette dernière s’appuyait en partie sur de très anciens textes européens, et inversement. Pouvoir tisser des liens entre les deux pays était essentiel pour nous, c’est ce qui anime chacun de nos projets.
Pourriez-vous nous dire quelques mots sur la structure du serpent ?
La trame orthogonale du jardin médicinal est traversée par une structure métallique de 20 mètres de long qui représente le corps du Serpent Blanc, constitué d’arceaux disposés tous les 90 centimètres habillés de 3 500 écailles en géotextile biodégradable. Chacune des écailles a été recouverte de mycélium, séchée, peinte à la chaux et de nouveau séchée avant d’être fixée à la structure. Il nous tenait particulièrement à cœur d’expérimenter et de travailler avec un matériau 100 % recyclable, qui pourra éventuellement être composté et revenir à la terre, comme la peau d’un serpent ! Pour nous, c’est aussi une manière poétique de dire aux visiteurs que l’histoire d’amour continue…

