© La chapelle San Ivo della Sapienza avec son jeu de façade convexe/concave et son lanternon en colimaçon. © <i>La Sapienza</i>
La Sapienza est le nom de l’une des œuvres les plus illustres de l’architecte Francesco Borrimini, réalisée à Rome entre 1642 et 1662. C’est une chapelle qui clôt un bâtiment sur cour, déjà existant, ou plutôt qui l’ouvre vers le ciel par un subtil jeu perceptif, comme l’explique Alexandre, le héros de l’histoire, un brillant architecte d’une cinquantaine d’années, qui initie à l’architecture un jeune homme d’à peine dix-huit ans, à la passion naissante. Tous deux arpentent Turin puis Rome ensemble pendant quelques jours, tandis qu’épouse et sœur veillent l’une sur l’autre dans la campagne piémontaise. Leur balade est ponctuée par les œuvres des maîtres baroques, le premier faisant découvrir au second la rivalité qui opposa le Bernin à Borromini : le tenant du « baroque rationnel », qui respecte les hiérarchies, les conventions, face au « mystique », l’artiste, en quête d’infini. Bien que savante, la leçon d’architecture n’est pas universitaire, ni historique : elle est en tout point immersive. A l’intérieur des édifices, le novice, et à travers lui, le spectateur, suit les mouvements des corniches. Son regard, virevoltant, parcourt les verticales et s’élève irrémédiablement vers la « lumière , la « luce », le thème du film. « L’ellipse » n’est pas « l’ovale », apprend-il. La première, dérivée du cercle, la forme parfaite, crée une dynamique. Les yeux se tournent vers les coupoles tandis que les murs ondulent. Le voyage initiatique ne sera pas seulement celui du jeune homme. En transmettant à un néophyte, en écoutant ses aspirations, le héros réapprend lui-aussi de l’œuvre borrominienne. Son engagement pour l’architecture se confond avec les tumultes de sa vie. Les doutes sur son art, ses amours, ses tragédies qui le hantent se verront transmués sinon en sagesse, du moins en apaisement. Ou quand l’initiation à l’architecture dénoue les passions humaines…

