Des pubs déchirées, des badauds et des affiches, des touristes le nez sur un plan. Mille et un petits riens et une profusion d'images, telles sont les séries de Luigi Ghirri : avec tendresse, poésie et une douce ironie, l'artiste a croqué les années 1970, la société de consommation, l'essor du tourisme, la périurbanisation…
Jusqu'au 2 juin 2019, le Jeu de Paume lui consacre une grande rétrospective, l'occasion de découvrir l'œuvre conceptuelle forte du photographe italien, qui fut aussi théoricien de son médium. Un regard sur le monde aux couleurs Kodak, pellicule de prédilection des photographes de l'époque, mais aussi des amateurs, qui à grand renfort d'appareils jetables, commencent à figer leurs souvenirs de vacances, les plages italiennes, leurs groupes d'amis. Luigi Ghirri lui-même utilisait le film Kodachrome systématiquement pour raconter comment ces photos, peu à peu, se sont immiscées dans les vies, dans les habitudes, et ont conquis l'espace urbain, instruments de la publicité, des affiches promotionnelles… Comme personne, il a donc dépeint l'Italie, il a capté sa plongée dans la modernité, toujours drôle et songeur, en une constellation de tirages et d'étoiles… sur l'emballage froissé d'un panettone.
« Le seul voyage aujourd'hui possible se situe dans les signes, dans les images » , écrivait-il.
Peut-être parce que jusqu'à l'âge de 30 ans le natif de Modène, en Émilie-Romagne, fut géomètre. Lorsqu'il troqua, avec brio, le théodolite pour l'appareil photo, ce fut pour continuer l'arpentage du territoire banal, des zones pavillonnaires aux stations d'essence, en passant par les parcs d'attractions. Il lui en resta aussi une passion pour la cartographie, les représentations du monde de toutes sortes, qu'il immortalise comme des signes pour lire l'avenir de la ville. Avant le numérique, avant l'urbanisation galopante, elles parlent aussi de ce que sont devenues nos métropoles.
► VIDÉO ! Luigi Ghirri au Jeu de Paume Concorde - Paris from Jeu de Paume / magazine on Vimeo.
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