À Biarritz, le quartier Beaurivage ne manque pas d’atouts, mêlant situation hyper centrale et mer toute proche. C’est là que Marine, artiste céramiste, et sa famille, à la recherche de leur résidence principale, visitent une maison basque typique… de l’extérieur du moins. Le lot, tout en longueur et petit, est en effet issu de la division d’une villa plus grande – une pratique désormais courante pour s’adapter au contexte urbain côtier, densité et pression foncière obligeant. Autant dire l’équivalent d’une surface brute : deux plateaux d’une trentaine de mètres carrés chacun, bizarrement fichus du fait de la division du bâtiment, et une remise d’à peine 8 mètres carrés, accolée à la construction. Compliqué, donc, de se projeter. La famille rencontre alors Aurore Dehez-Bénac, avant même l’acquisition du bien. Certes, la transformation sera lourde, mais la possibilité d’ajouter un niveau supplémentaire sous combles, doublée de celle d’acquérir un bien en plein centre-ville les convainc de sauter le pas.
Cas d'école
« L’enjeu, pour nombre d’habitants de Biarritzi, explique Aurore Dehez-Bénac, est d’arriver à acheter un bien. Ici, si la maison avait été conservée dans sa globalité et vendue ainsi, elle serait probablement devenue une résidence secondaire fermée les trois quarts de l’année. Après, c’est plus compliqué de rénover cette construction que d’en bâtir une nouvelle, mais c’est ce qui fait la singularité d’un projet ! Et cela participe d’un renouveau urbain intelligent. Ici, nous avons vraiment mené un travail d’école sur la structuration des volumes et les bonnes astuces pour faire rentrer le programme, ainsi que sur la densité urbaine et celle de l’habitat. » La division du bien a rendu impossible l’exploitation des fonctionnalités existantes de la construction, et les circulations absurdes. La trémie de l’escalier originel est désormais en plein milieu du rez-de chaussée. Impossible de conserver les sols, ni la cheminée existante. Il faudra optimiser les apports de lumière naturelle, et libérer l’espace pour ne pas donner à la famille le sentiment d’habiter un couloir… Gros programme !
Tous les planchers intermédiaires sont repris, les solives abîmées remplacées, et puisqu’il faut recréer une trémie pour l’escalier, l’architecte rejette toute la circulation sur le mur de séparation entre les deux lots. Un gros bloc en béton poli et bois, sorte de colonne vertébrale du projet, traverse et distribue ainsi les trois niveaux. Tout à tour meuble bibliothèque, vestiaire (planches de surf incluses), escalier, support du poêle puis banquette sur la terrasse au rez-de-chaussée, il offre aussi de vastes volumes de rangement dans les étages, des chambres des enfants, au R+1, à la suite parentale sous les combles, imaginée comme un petit loft. Heureusement la remise peut être annexée. Le mur porteur est donc percé, et la toiture remplacée par une grande verrière. Une astuce de plan qui permet de plus de séparer cet espace de la pièce de vie, et de travailler la liaison avec le petit jardin en fond de parcelle, façon dehors-dedans. L’agrandissement maximum de la baie vitrée fait le reste.
Philosophie de la continuité et minimalisme
« L’espace étant très petit, il ne fallait pas le surcharger d’informations », continue l’architecte. Ainsi, la palette de matériaux est restreinte : béton poli clair, CP bouleau et briquettes de terre cuite dans la cuisine et sur les deux espaces extérieurs. Une manière de rapporter un peu du cachet ancien de la maison. « Cela crée un contraste intéressant : du dehors, la maison est très typique, alors qu’à l’intérieur tout est très contemporain », s’amuse l’architecte. Dans les étages, même stratégie : sols blancs continus, une couleur par niveau. « Cela donne de la fluidité, du lien entre les volumes, et agrandit psychologiquement les choses. » La rénovation permet d’optimiser l’isolation et le confort thermique. « Le climat change, et nous devons nous adapter, notamment aux pics de chaleur de l’été, poursuit-elle. La maison est peu exposée, traversante et compacte. C’est une chance qui nous a permis de mettre en œuvre des dispositifs peu énergivores : un poêle couplé à un plancher chauffant dans la pièce de vie, deux radiateurs à l’étage et une climatisation réversible sous le toit pour l’hiver. En été, un ventilateur de plafond brasse l’air dans la pièce de vie, et la clim, couplée à la ventilation naturelle par la fenêtre de toit au dernier niveau, apporte le bon confort. » La cerise sur le gâteau ? Une fois le chien assis et le plancher installés au dernier niveau, la mer est apparue, cadrée par la petite fenêtre ! De quoi donner des allures de maison de vacances à cette petite habitation de ville qui a décidément tout d’une grande.

