© © Le sens de l’humus
À Montreuil, permaculture et jardinage ont la cote. Dans cette commune de Seine-Saint-Denis, de nombreuses expériences de végétalisation participatives et citoyennes sont impulsées par le service Jardins et Nature en Ville et promues par un épais tissu associatif. Dans le but affiché d’accueillir et de maintenir une biodiversité en milieu citadin, tout en contribuant à l’embellissement et à la réappropriation de l’espace urbain par les particuliers, la municipalité encourage ceux-ci à planter, semer et jardiner. Où ? Il existe bien sûr les jardins partagés, mais aussi les micro-espaces à végétaliser en bas de chez soi, et des terrains sont proposés à l’adoption, avec kit de jardinage à la clef. Et pour faire honneur à son passé horticole, la ville poursuit avec enthousiasme le développement d’une permaculture urbaine au sein de ses murs à pêches, et a planté, en 2018, des centaines d’arbres et arbustes fruitiers.
Un passé qui inspire l’avenir
Montreuil, tout comme Roubaix, fait partie du réseau des Villes en transition, et s’est fortement engagée pour la végétalisation de ses espaces publics. L’ensemble des Montreuillois peut profiter d’aide et de conseils pour commencer un jardin, participer à l’entretien d’une parcelle partagée ou adopter un bout de trottoir à végétaliser. Reverdir est le mot d’ordre, aux fins d’instaurer une certaine convivialité dans les quartiers, mais aussi lutter contre la pollution atmosphérique et les chaleurs estivales. À destination des novices, la ville a rédigé une Charte du jardin urbain responsable, et fait signer des contrats de parrainage des petits espaces pour responsabiliser les particuliers à leur entretien. Une grainothèque participative a même été lancée par l’une des bibliothèques de la ville, qui facilite les rencontres et donne l’occasion de varier les plaisirs. Tout un panel d’initiatives qui ravissent les habitants : au compteur en 2019, 35 jardins partagés, animés par des associations de voisins et gérés de façon écologique, ainsi que 130 jardins familiaux. La plupart de ces parcelles se trouvent sur les 34 hectares du site des murs à pêches, haut lieu de nature et de culture de Montreuil. C’est ici que se sont exprimées, pendant plusieurs siècles avant l’industrialisation de l’Île-de-France, des techniques horticoles parmi les plus connues et innovantes au monde. Sur ces terrains agricoles, les arbres fruitiers étaient autrefois palissés sur de longues rangées de murs de hauteur moyenne, faits de plâtre et silex. Ainsi protégés du vent et bénéficiant d’une circulation optimale de la sève, les pêchers de Montreuil se sont fait connaître par leur rentabilité hors pair. Aujourd’hui, 17 kilomètres de murs ont survécu au temps, à la pluie et au gel ; le sol, quant à lui, a malheureusement subi une importante pollution aux métaux lourds. Dans ce contexte, la municipalité est décidée à insuffler une dynamique nouvelle à ce site patrimonial et prend les mesures d’un programme ambitieux. En plus de consacrer, depuis 2016, un budget de 100 000 euros par an à la restauration des murs les plus abîmés, la ville souhaite renforcer la richesse végétale du site en aménageant de véritables sentiers de biodiversité, pour finalement restituer ce lieu à l’usage des Montreuillois. Le ru Gobétue, cours d’eau traversant les murs à pêches d’est en ouest, sera remis en état afin de recréer un milieu humide.
Micro-fermes urbaines et permaculture
Dans ce vaste plan de réhabilitation, l’agriculture et la permaculture urbaines joueront un rôle essentiel. « La revalorisation du site des murs à pêches passera par l’impulsion de projets d’agriculture urbaine. Lors de la conception du dernier PLU, nous avons prévu de consacrer entre 60 et 80 % de ce terrain à l’installation d’une douzaine de fermes urbaines, à l’activité rentable et génératrice d’emploi, dans le respect des lois de la nature. La mise en œuvre s’accompagne bien évidemment d’un travail de dépollution du site, en partenariat avec des équipes de spécialistes », explique Jean- Charles Nègre, conseiller municipal délégué à la mission pour l'avenir des Murs à Pêches. La réalisation du projet se construit petit à petit, grâce, notamment, au travail des associations qui exploitent ces terrains depuis quelques années. Parmi elles, Le sens de l’humus gère un jardin ornemental et solidaire de 4 000 mètres carrés en permaculture. Cet écrin de verdure, appelé le Jardin Pouplier, doit son nom à l’ancienne propriétaire du terrain, Geneviève Pouplier, la dernière horticultrice montreuilloise, aujourd’hui disparue. Ici, l’association accueille des personnes retirées de l’emploi trois jours par semaine, pour un jardinage thérapeutique, ainsi que des scolaires et, plus ponctuellement, des groupes d’autistes. L’équipe travaille actuellement à la mise en place d’une micro-ferme urbaine de 3400 mètres carrés. En charge de ce dossier, Christophe Bichon s’occupe également des initiations à la permaculture et du festival Les Estivales de la permaculture. « Nous projetons de cultiver de jeunes plants de plantes sauvages, ornementales et aromatiques, destinées à la vente. Excellentes pour restaurer et augmenter la biodiversité en milieu urbain, ces végétaux tout terrain nourrissent les insectes, notamment les abeilles. En outre, nous avons prévu de nous lancer dans la production de vers à lombricomposteur, un produit à haute valeur ajoutée –qui se vend 70 euros le kilo! –, dans le but d’alimenter les lombricomposteurs placés par la ville et la Communauté d’Agglomération Est Ensemble. Sur le long terme, nous souhaitons également cultiver des champignons, comme des pleurotes et des shiitakes, et perpétuer la tradition des pêchers palissés en replantant des variétés anciennes de fruitiers », confie Christophe. Question pollution, l’association se penche sur les solutions envisageables: cultures hors-sol, mais aussi phytoremédiation, procédé qui consiste à extraire les polluants à l’aide de certaines espèces végétales bio-accumulatrices, et recours à un technosol, c’est-à-dire un sol reconstitué, pour rétablir un terreau fertile (en partenariat avec l’Institut de Recherche pour le Développement –IRD– de Bondy). Reverdir la ville durablement fait appel à un mode d’emploi.
► Lire l'article « Les villes de demain seront-elles comestibles ? »
► Retrouvez le dossier complet dans Ecologik 62 : En France, le biosourcé prend racine actuellement en kiosque et disponible sur la boutique en ligne


