© © Luc Boegly
Avec un zeste de malice mais sans moquerie, l'approche dans le brouillard du nouveau Marché d'Intérêt National (MIN) de Nantes ne manque pas de saveur. Partout, du gris, une ouate uniforme, voile pudique posé sur la kyrielle de ronds-points de la RD 65, parallèle au périphérique. Charme du climat changeant de Bretagne, présence moins charmante d'une zone industrielle dynamique à la conquête des terres agricoles, baptisée ZAC de la Brosse, lancée en 2005, avec son pôle agroalimentaire Agropolia en cours de réalisation au sud de la ville, sur la commune de Rezé exactement.
Passé ces préliminaires, au bout de la route flambant neuve se profile l'objet de la visite : le MIN. Un géant couché, impossible à lire d'un seul regard, partagé en trois halles principales indépendantes de 350 mètres de longueur et de largeurs différentes, 130 mètres pour la plus vaste, au centre. Destinée aux fruits et aux légumes, elle abrite une immense travée longitudinale, une salle hypostyle couverte d'une charpente somptueuse. En périphérie et entre chaque bande de bâtiment, des rues aux airs d'avenues permettent aux norias de camions et de camionnettes de venir décharger et charger leurs produits. À l'intérieur, même rationalité, mise au point en amont avec maîtrise d'ouvrage et futurs utilisateurs : desserte à rez-de-chaussée, chambre froide, vitrine d'exposition et bureaux à l'étage. Surfaces flexibles grâce à l'ossature poteau-poutre, disposition claire, espaces pratiques d'appropriation immédiate. Autre chose ? Oui, mais, comment le dire. .. Les mots esthétique et beauté, tombés dans l'enfer de l'indéfinition, se manient avec des pincettes. Horace (65 av. J.-C. /8 av. J.-C. ), avant ses prudentes préventions, écrivait : « Celui qui joint l'utile à l'agréable recueille tous les suffrages. »
Eh bien, le MIN est utile, ô combien ! Et agréable, c'est-à-dire beau. Pour quelles raisons ?
Car il déjoue les habitudes, les images sans grâce du marché de gros, à qui il redonne sa dignité ; car il renoue avec une longue histoire - celle des Halles de Baltard, par exemple ; car il montre qu'aucun programme au monde ne mérite le mépris et, qu'au contraire, chacun demande attention, soin, qualité de son architecture, déclinée ici en limpidité des formes, nombre restreint de matériaux bruts (béton, bois, métal tissé, verre), une maîtrise ciselée des proportions, des perspectives, de la géométrie dans la lumière.
(...)
[ QUID D'UN MIN ? ]
Un MIN est un marché de gros. Aujourd'hui, il en existe 19 en France. Le statut, accordé par les pouvoirs publics, remonte à 1953. Le premier du genre voit le jour à La Villette à Paris (1959), suivi de près par ceux d'Avignon (1961) et de Grenoble (1963), puis de Rungis (1969). Toujours en 1969, Nantes inaugure le sien. Il déménage trois fois. Avant de s'installer à Rezé, en 2019, il occupe des bâtiments dessinés par les architectes Friesé et Roy, dans la partie sud-ouest de l'Île de Nantes, qu'il quitte - jeu de chaises musicales - pour faire place au méga-CHU de 290 000 mètres carrés, conçu par Art&Build et Pargade (livraison prévue en 2026), dont l'emplacement, âprement discuté, est encore contesté. Sur son nouveau site, le MIN occupe 19,4 hectares, dont 6,5 de surfaces construites, partie intégrante du pôle agroalimentaire déployé sur 55 hectares, lui-même un des constituants des 147 hectares du Parc d'activités Océane Nord. Deuxième par sa taille en France après Rungis, le MIN de Nantes réunit une centaine d'entreprises, avec 800 emplois à la clé.
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