© Nickel Tailings No. 30, Sudbury, Ontario 1996 © Edward Burtynsky
La vie de château, lorsque des artistes y habitent ? Chaque printemps, la réponse se trouve au domaine de Chaumont-sur-Loire, où, avec la bénédiction de sa directrice, Chantal Colleu-Dumont, la forteresse Renaissance laisse les créateurs installer leurs facéties au sein des tourelles blanches. Cette année encore, du sol au plafond, du parc à l’asinerie, les œuvres y élisent résidence avec une exubérance toute printanière. Fleurie par les plasticiens Gerda Steiner et Jörg Lenzliger, la chapelle du château se transforme ainsi en havre psychédélique, où savourer, sous la clarté des vitraux, un entrelacs de feuillages multicolores, forêt légère aux allures de cathédrale. Ombre ou lumière, le duo suisse les jardine avec le même bonheur, et c’est donc dans l’obscurité d’une tour qu’éclaire leur Cristallisateur, cylindre transparent où l’oeil se brise sur les aiguilles immaculées d’un cristal… d’engrais. Quant au parc, il suffit d’y passer une porte, celle construite en branchages par l’artiste Cornelia Konrads, pour se retrouver dans un autre monde : celui de la poésie. Avec son chambranle dessiné d’une envolée de rameaux, l’ouverture est-elle en train de se créer ou de se défaire ? Peu importe, puisqu’elle invite surtout à savourer la magie d’un instant, et celle d’une visite – toujours trop courte, à Chaumontsur- Loire, où la programmation n’a de cesse de s’étoffer. À ne pas manquer, donc, les incontournables papiers-peints du mexicain Gabriel Orozco, ou encore les tapisseries en capsules de whisky du ghanéen El Anatsui, avant de finir, tête dans les images, par un détour par les expositions photos. Peut-être plus graves qu’à l’accoutumée, les images sélectionnées en 2015 font écho à la prochaine conférence Climat à Paris. Sous l’objectif du japonais Naoya Hatakeyama, les égouts de Tokyo, ou plus loin les paysages miniers du reporter Edward Burtynsky, dévoilent, à petite ou grande échelle, les splendeurs dégradées de notre planète. Une raison de plus pour vouloir rester encore un peu sur les bords de Loire, à l’écart du monde ?

