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En se replongeant sur ce qui a animé la création de cet événement, Laurence Salmon retrouve ces propos de Jacques Bonaval, directeur de l’École des beaux-arts de Saint-Étienne, exprimés en 1998 en introduction de la première édition : « La complexité des besoins humains et la fragilité de la planète deviennent le préalable à toute réflexion. » Avec son équipe, elle choisit alors de leur redonner un écho actuel en s’intéressant pour cette 13e Biennale à la notion de ressources : « À Saint-Étienne, terre de gisements, terre industrielle et manufacturière aux xixe et xxe siècles, ce terme “ressource” résonne d’autant plus fort. Aujourd’hui, si la logique extractive est remise en cause, la notion de ressource locale propre à un territoire est largement valorisée. »
Avec cet objectif clair : si la question de la matière première va bien évidemment être abordée, il s’agit aussi de jouer sur la polysémie et de démontrer comment le designer est un « interlocuteur de choix » quand on parle de ressources : « Il est en capacité par sa culture du projet, sa gestion des contraintes, sa démarche créative responsable, de changer notre rapport au monde, d’infléchir des modes de vie, de production, d’envisager des perspectives raisonnées et raisonnables. Il me plaît de rappeler que le “Less is more” qu’enseignait Mies Van der Rohe nous raconte déjà que la gestion ou l’économie des ressources est dans les principes fondateurs du design. (…) Si les designers n’ont pas la capacité à eux seuls de changer le monde, il faut leur faire confiance, et il faut faire confiance surtout à la part de l’art chez le designer pour projeter des mondes nouveaux, dessiner d’autres trajectoires, mettre en forme des imaginaires… »
Une exposition chorale : « Ressource(s), présager demain »
L’exploration de propositions, de potentiel, animera l’exposition principale, déployée sur les mètres carrés des halles Barrouin. Laurence Salmon en partage le commissariat avec neuf designers autour d’une sélection de 135 projets. Ainsi Isabelle Daëron y interrogera l’extraction des sols et, de l’Inde à l’Europe en passant par les États- Unis, présente des projets de processus durables (prototype en terre compressée, tapis en PET recyclé et tressé, alternative à la mousse industrielle…).
Designer industriel chez Schneider Electric, Frédéric Beudry abordera le devenir industriel à travers une sélection de produits conçus pour encourager des comportements responsables (batterie de voiture à énergie solaire, vélo avec changements de vitesse automatiques…). Laurent Massaloux s’intéressera à la question de l’hybridation autour de mélange low-tech et high-tech, des matériaux et des technologies. Anna Saint-Pierre présentera son travail en lien avec les architectes sur la question du recyclage, de la réutilisation de la matière, la notion du déjà-là. Marlène Huissoud, designer spécialiste des matières vivantes, abordera la question du biodesign à travers l’exploration de collaborations avec le monde animal ou végétal. Architecte, designer et spécialiste de l’anthropocène, Philippe Rahm traitera la question du design climatique. Le studio Natacha- Sacha présentera un choix d’objets dans la continuité de l’écriture fonctionnaliste du Bauhaus. Enfin, créer avec l’intelligence artificielle sera abordée par Étienne Mineur, tandis que Sylvia Fredriksson reviendra sur l’accès à la ressource partagée (eau, énergie…) et sa gestion dans le « design des communs ».
À la Cité du design… et au-delà !
Parmi les expositions présentées au coeur de la Cité du design, l’événement offrira un focus assez inédit sur la création contemporaine en Arménie, pays invité, dans un commissariat assuré par le duo de Normal Studio. Seront présentés aussi les résultats de seize workshops réalisés par les étudiants de l’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne (Esadse), animés par des designers (Philippe Nigro, François Brument, BL119, Keiji Takeuchi…), ainsi que les habituelles collaborations étudiants-entreprises (FABécole). Dense, le programme de la Biennale s’étend sur l’ensemble de la métropole (avec notamment une intéressante exposition au musée des Arts et de l’Industrie (« L’ambition du beau ») jusqu’au site de Le Corbusier, à Firminy, qui accueille « Nos pieds d’argile », une démonstration de micro-architectures imaginées par Matali Crasset pour de nouveaux scénarios de vie. Dans tous les cas, cette édition fait le pari d’être à la fois pointue et accessible au grand public en se focalisant sur l’exemple.

