© © Luca Baurasse
Tous les trois ans, l’UIA réunit les concepteurs du monde entier autour de débats animés. Après Tokyo en 2011, c’était au tour de Durban de lui ouvrir ses portes. En un peu moins d’une semaine, la métropole sud-africaine a ainsi hébergé plus de 300 conférences, dont certaines ont attiré jusqu’à 2 000 personnes ! Si le japonais Toyo Ito ou le chinois Wang Shu ont déplacé les foules, la thématique « Architecture otherwhere » a surtout suscité la confrontation des pratiques professionnelles et l’édification de nouvelles passerelles entre les maîtres d’œuvre des cinq continents. « Le thème de l’évènement favorisait véritablement les échanges et la discussion », confirme Frédéric Ragot, président du CIAF. Cocorico, le pavillon de la France, dont EK39 était le catalogue, a remporté tous les suffrages en dévoilant les propriétés des matériaux bio-sourcés grâce à la pédagogie ludique de l’Atelier matières à construire, amàco. Depuis 2012, ce centre de ressources pédagogiques rend visible, à l’aide d’ingénieuses manipulations, les propriétés méconnues de la terre crue, du bambou, des roseaux, etc. Comprendre le comportement des matières naturelles à travers une approche poétique, pour mieux les utiliser dans la construction… Cette idée n’a pas manqué d’étonner et d’enthousiasmer les visiteurs, Chinois et Africains en tête. D’autant que ces expérimentations devraient continuer à sensibiliser petits et grands encore longtemps. « Si le congrès ne s’étend que sur cinq jours, nous voulions faire durer le pavillon dans le temps, précise en effet Frédéric Ragot. Le stand a été scindé en quatre lots : les démonstrations et les collections de matériaux d’amàco tourneront bientôt dans les écoles d’architecture de la région ; les écrans démontés attendent à l’ambassade de France d’intégrer une opération caritative dans un township. Quant au mobilier, une partie a été offerte à un hôpital pour enfants, l’autre à l’Alliance française. »
Quant aux retombées… dès l’issue des rencontres de Durban, les Marocains sont venus frapper à la porte du CIAF. « Notre pays est l’un de ceux où le métier est le mieux défini dans la pratique, analyse Frédéric Ragot, et ces rencontres sont aussi déterminantes pour faire progresser la profession ailleurs sur la planète. » Et qui dit « international », dit aussi « représentation des architectes français à l’étranger ». Bonne nouvelle en cette période de crise du bâtiment : suite au succès du pavillon et de son surprenant sujet, nos compétences liées au développement durable ont été très remarquées. « En Afrique du Sud, le coût du travail est encore très faible, ce qui entraîne la construction de bâtiments extravagants, mais il existe néanmoins des green buildings, et des professionnels locaux demandeurs d’une expérience sur le sujet. » Y aurait-il une carte à jouer ? Avis aux amateurs : si Durban est à première vue éloignée de l’Hexagone, le fuseau horaire y est le même qu’à Paris, d’où un rapprochement pas si compliqué qu’il n’y paraît. En attendant une exportation du savoir-faire français vers la nation arc-en-ciel, les futurs rendez-vous se préparent déjà : en 2017, Séoul et l’Asie, avant de passer la main au Brésil et à Rio de Janeiro en 2020. De belles rencontres en perspective.

