© © Bertrand Jamot - Couboyz
Architectures à vivre : Vous êtes diplômés de l’École nationale supérieure d’architecture de Nancy*, y enseignez et œuvrez aujourd’hui dans la région. Acceptez-vous volontiers la casquette d’« architectes de campagne » ? Cette dénomination a-t-elle un sens pour vous ?
Studiolada : Il est difficile de dire ce que serait réellement un « architecte de campagne ». Y aurait-il ainsi, par opposition, des « architectes de villes » uniquement ? Tous les territoires offrent des problématiques à la fois spécifiques et croisées. Les concepteurs, quelle que soit leur adresse, sont au chevet des villages, des périphéries, des friches, des littoraux, etc. Mais nous acceptons volontiers la comparaison avec le médecin de campagne, avec ses qualités : l'engagement, l'écoute, la polyvalence, le service primant sur la rentabilité, etc. En résumé, « des architectes de campagne », pas vraiment, mais plutôt « de terrain », « de territoires ».
A.à.v. : Studiolada a été auréolée l’an passé de plusieurs prix. Qu’est-ce qui, d’après vous, séduit vos pairs dans la démarche de l’agence ?
S. : Notre approche collective et plurielle, la mutualisation de nos expériences, la diversité de nos regards sur des programmes très différents ou la multiplicité de nos recherches sont des atouts pour générer des projets sensibles, contextualisés et à l'écoute des clients. C’est là que réside la richesse de nos propositions, qui s’incarne dans une application variée de matériaux, un traitement exigeant des détails, etc. Nous aimons découvrir des lieux, des bâtiments et leurs utilisateurs pour écrire ensemble le projet.
A.à.v. : Le programme d'habitat individuel tient une place particulière dans votre parcours. Quels sont ses apports ou ses limites ?
S. : L’une de ses particularités réside dans le fait que le maître d’ouvrage est également l’utilisateur, ce qui induit une très grande implication de sa part et ce, dès la phase de programmation. Chacun a une manière à soi de vivre sa maison : certains y travaillent, ou n'y passent que le temps des week-ends, d’autres y vivent seuls, ou avec grands-parents et enfants, etc. Ce programme est riche car il induit une diversité de modes de vie. Au terme des échanges avec les propriétaires, parfois complexes, souvent intimes, le projet se dessine. Ainsi nous tirons parti du terrain, de l'éventuel bâtiment préexistant, tout en proposant une « déclinaison de l'habiter » qui sera propre à notre maître d'ouvrage. Nous tentons toujours d'aborder les choses avec une certaine pédagogie, de sorte à avoir un dialogue constructif avec lui, puis avec les entreprises, en partant sur des référentiels communs. Une maison est un projet de vie, et à ce titre, l'architecte se doit de transcender l'envie d'espace, proposer des usages adaptés, inventifs, conviviaux et évolutifs.
* L’agence est composée de Christophe Aubertin, Xavier Géant, Agnès Hausermann, Éléonore Nicolas, Benoît Sindt, Collaborateurs : Nastasia Vellandi et Simon Perdereau.

