© © Herzog et de Meuron – Unibail Rodamco
À Paris, l’hiver 2014 aura été placé sous le signe du triangle : après Tree, arbre de Noël du plasticien Paul McCarthy – dont la géométrie, épineuse et conique, empruntait aussi bien au végétal qu’au plug anal –, ce fut au tour d’une autre pyramide, imaginée par les architectes Herzog & de Meuron, de défrayer la chronique. La tour Triangle, en deux mots ou plutôt trois lettres, c’est un IGH, Immeuble de grande hauteur, précisément 180 mètres, dont la construction, entièrement financée par des fonds privés – 500 millions d’euros ! –, était prévue non loin de la porte de Versailles pour 2017. Mais en décembre, le projet, très décrié, fut retoqué par le conseil de Paris. Un non à rebondissements, puisque le scrutin fut suivi d’une ultime péripétie, l’annulation pure et simple du vote : alors que les bulletins devaient rester secrets, certains députés les ont dévoilé pour protester, une entorse (minime) au règlement dont s’est saisie Anne Hidalgo, maire de la Capitale, pour invalider le jugement. Au final, c’est donc maintenant au tribunal administratif de statuer sur la situation…
Si chacun s’est empressé de donner son avis sur le fameux trapèze, difficile, même pour les allergiques aux gratte-ciel, de ne pas reconnaître le talent, indéniable, du binôme d’architectes aux manettes. Par ailleurs, à la différence d’autres projets polémiques, à l’image de la Samaritaine ou des serres d’Auteuil, aucune destruction patrimoniale n’est au programme, dans un quartier boudé par les Parisiens : le no man’s land du Parc des expositions. Mais rien n’est tout noir ou tout blanc – et dans ce cas précis, transparent. Si le building, totalement vitré, est censé ne générer aucune ombre portée, il s’agit tout de même d’un immeuble de 35 mètres de large (et 200 mètres de long à sa base par 180 mètres de haut). La réglementation incendie devrait aussi imposer des sas qui zébrerait le verre de l’immeuble « façon Buren », loin des maquettes évanescentes présentées. Enfin, principal bémol : la programmation et ses 90 000 mètres carrés d’espaces professionnels, sans aucun logement. Ça fait beaucoup, surtout dans une métropole, où les bureaux inoccupés se comptent par milliers, où l’on prône l’ultra-mixité, et qui, dans le même temps, a lancé un appel à projets pour stimuler l’innovation architecturale et le mélange des fonctions. Quant à dire, comme ses architectes, que la tour sera urbaine, morceau de ville porté à la verticale, seuls les employés de quelques multinationales auront accès à ces rues-couloirs, quand les passants « normaux » resteront dans… l’ascenseur, pour accéder au restaurant panoramique. Faute d’un miracle de Noël, l’année 2015 commence donc avec cet inéluctable face-à-face, la construction contemporaine versus la ville-musée…

